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Le Singe et le Dauphin

lundi 5 novembre 2012, par Silvestre Baudrillart

  • C’était chez les Grecs un usage
  • Que sur la mer tous voyageurs
  • Menaient avec eux en voyage
  • Singes et chiens de bateleurs.
  • Un navire en cet équipage
  • Non loin d’Athènes fit naufrage.
  • Sans les dauphins tout eût péri.
  • Cet animal est fort ami
  • De notre espèce ; en son Histoire
  • Pline le dit ; il le faut croire.
  • Il sauva donc tout ce qu’il put.
  • Même un singe en cette occurrence,
  • Profitant de la ressemblance,
  • Lui pensa devoir son salut
  • Un dauphin le prit pour un homme,
  • Et sur son dos le fit asseoir
  • Si gravement qu’on eût cru voir
  • Ce chanteur que tant on renomme.
  • Le dauphin l’allait mettre à bord,
  • Quand, par hasard, il lui demande
  • « Êtes-vous d’Athènes la grande ?
  • - Oui, dit l’autre, on m’y connaît fort
  • S’il vous y survient quelque affaire,
  • Employez-moi ; car mes parents
  • Y tiennent tous les premiers rangs
  • Un mien cousin est juge maire. »
  • Le dauphin dit « Bien grand merci ;
  • Et le Pirée a part aussi
  • A l’honneur de votre présence ?
  • Vous le voyez souvent, je pense ?
  • - Tous les jours, il est mon ami
  • C’est une vieille connaissance. »
  • Notre magot prit, pour ce coup,
  • Le nom d’un port pour un nom d’homme.
  • Le dauphin rit, tourne la tête,
  • Et le magot considéré,
  • Il s’aperçoit qu’il n’a tiré
  • Du fond des eaux rien qu’une bête.
  • Il l’y replonge, et va trouver
  • Quelque homme afin de le sauver.

Jean de LA FONTAINE (1621-1695) Fables, IV, 7

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