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Le Loup devenu Berger

lundi 5 novembre 2012, par Silvestre Baudrillart

  • Un Loup, qui commençait d’avoir petite part
  • Aux Brebis de son voisinage,
  • Crut qu’il fallait s’aider de la peau du Renard
  • Et faire un nouveau personnage.
  • Il s’habille en Berger, endosse un hoqueton,
  • Fait sa houlette d’un bâton,
  • Sans oublier la Cornemuse.
  • Pour pousser jusqu’au bout la ruse,
  • Il aurait volontiers écrit sur son chapeau :
  • « C’est moi qui suis Guillot, berger de ce troupeau. »
  • Sa personne étant ainsi faite
  • Et ses pieds de devant posés sur sa houlette,
  • Guillot le sycophante approche doucement.
  • Guillot, le vrai Guillot, étendu sur l’herbette,
  • Dormait alors profondément.
  • Son chien dormait aussi, comme aussi sa musette.
  • La plupart des Brebis dormaient pareillement.
  • L’hypocrite les laissa faire ;
  • Et pour pouvoir mener vers son fort les Brebis
  • Il voulut ajouter la parole aux habits,
  • Chose qu’il croyait nécessaire.
  • Mais cela gâta son affaire :
  • Il ne put du pasteur contrefaire la voix.
  • Le ton dont il parla fit retentir les bois,
  • Et découvrit tout le mystère.
  • Chacun se réveille à ce son,
  • Les Brebis, le Chien, le Garçon.
  • Le pauvre Loup, dans cet esclandre,
  • Empêché par son hoqueton,
  • Ne put ni fuir ni se défendre.
  • Toujours par quelque endroit fourbes se laissent prendre.
  • Quiconque est Loup agisse en Loup :
  • C’est le plus certain de beaucoup.
  • Jean de LA FONTAINE (1621-1685),
  • Fables, III, 3

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