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Pauca meae

dimanche 18 décembre 2011, par Silvestre Baudrillart

  • Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
  • De venir dans ma chambre un peu chaque matin ;
  • Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère ;
  • Elle entrait, et disait : Bonjour, mon petit père ;
  • Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s’asseyait
  • Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
  • Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe.
  • Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,
  • Mon oeuvre interrompue, et, tout en écrivant,
  • Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent
  • Quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée,
  • Et mainte page blanche entre ses mains froissée
  • Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers.
  • Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts,
  • Et c’était un esprit avant d’être une femme.
  • Son regard reflétait la clarté de son âme.
  • Elle me consultait sur tout à tous moments.
  • Oh ! que de soirs d’hiver radieux et charmants
  • Passés à raisonner langue, histoire et grammaire,
  • Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère
  • Tout près, quelques amis causant au coin du feu !
  • J’appelais cette vie être content de peu !
  • Et dire qu’elle est morte ! Hélas ! que Dieu m’assiste !
  • Je n’étais jamais gai quand je la sentais triste ;
  • J’étais morne au milieu du bal le plus joyeux
  • Si j’avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.

VICTOR HUGO (1802-1885)