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Chant d’automne

dimanche 13 novembre 2011, par Silvestre Baudrillart

  • Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;
  • Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !
  • J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres
  • Le bois retentissant sur le pavé des cours.
  • Tout l’hiver va rentrer dans mon être : colère,
  • Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé,
  • Et, comme le soleil dans son enfer polaire,
  • Mon cœur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.
  • J’écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ;
  • L’échafaud qu’on bâtit n’a pas d’écho plus sourd.
  • Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
  • Sous les coups du bélier infatigable et lourd.
  • Il me semble, bercé par ce choc monotone,
  • Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part.
  • Pour qui ? — C’était hier l’été ; voici l’automne !
  • Ce bruit mystérieux sonne comme un départ.
  • Charles BAUDELAIRE (1821-1867)