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La Frégate La Sérieuse

samedi 24 décembre 2011, par Silvestre Baudrillart

  • Qu’elle était belle, ma Frégate,
  • Lorsqu’elle voguait dans le vent !
  • Elle avait, au soleil levant,
  • Toutes les couleurs de l’agate ;
  • Ses voiles luisaient le matin
  • Comme des ballons de satin ;
  • Sa quille mince, longue et plate,
  • Portait deux bandes d’écarlate
  • Sur vingt-quatre canons cachés ;
  • Ses mâts, en arrière penchés,
  • Paraissaient à demi couchés.
  • Dix fois plus vive qu’un pirate,
  • En cent jours du Havre à Surate
  • Elle nous emporta souvent.
  • — Qu’elle était belle, ma Frégate,
  • Lorsqu’elle voguait dans le vent !
  • Moi, de sa poupe hautaine
  • Je ne m’absentais jamais,
  • Car, étant son capitaine,
  • Comme un enfant je l’aimais ;
  • J’aurais moins aimé peut-être
  • L’enfant que j’aurais vu naître.
  • De son cœur on n’est pas maître.
  • Moi, je suis un vrai marin ;
  • Ma naissance est un mystère ;
  • Sans famille, et solitaire,
  • Je ne connais pas la terre,
  • Et la vois avec chagrin.
  • Alfred de VIGNY (1797-1863)
  • Poèmes antiques et modernes