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	<title>Silvestre Baudrillart</title>
	<link>http://www.silvestre-baudrillart.fr/</link>
	<description>Silvestre Baudrillart est professeur de fran&#231;ais et de latin dans un lyc&#233;e de la r&#233;gion parisienne. Il nous livre sur son site quelques r&#233;flexions personnelles sur la litt&#233;rature, la conjugaison, l'enseignement, l'&#233;ducation...</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Chagrin d'&#233;cole</title>
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		<dc:date>2011-10-24T17:53:26Z</dc:date>
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		<dc:creator>Silvestre Baudrillart</dc:creator>



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&lt;p&gt;Chagrin d'&#233;cole, de Daniel Pennac, a re&#231;u le prix Renaudot... et il l'a bien m&#233;rit&#233; ! Rarement un livre sur le monde scolaire a touch&#233; si juste, avec une &#233;criture si talentueuse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le sujet : la condition du cancre et son d&#233;sespoir dans le syst&#232;me scolaire. L'auteur a v&#233;cu lui-m&#234;me cette douloureuse situation, et c'est gr&#226;ce &#224; des professeurs exceptionnels qu'il a pu transformer ses r&#233;sultats et devenir professeur de lettres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le livre est donc d'abord une r&#233;flexion autobiographique, enrichie des apports des (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://silvestre-baudrillart.fr/-Comptes-rendus-litteraires-" rel="directory"&gt;Comptes rendus litt&#233;raires&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Chagrin d'&#233;cole, de Daniel Pennac, a re&#231;u le prix Renaudot... et il l'a bien m&#233;rit&#233; ! Rarement un livre sur le monde scolaire a touch&#233; si juste, avec une &#233;criture si talentueuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet : la condition du cancre et son d&#233;sespoir dans le syst&#232;me scolaire. L'auteur a v&#233;cu lui-m&#234;me cette douloureuse situation, et c'est gr&#226;ce &#224; des professeurs exceptionnels qu'il a pu transformer ses r&#233;sultats et devenir professeur de lettres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre est donc d'abord une r&#233;flexion autobiographique, enrichie des apports des &#233;l&#232;ves que l'&#233;crivain a connus lui-m&#234;me en tant qu'enseignant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;galement une m&#233;ditation sur le r&#244;le du professeur, avec un conseil pour ainsi dire unique : pour aider les &#233;l&#232;ves en difficult&#233;, il n'y a pas &#224; inventer de solutions nouvelles, il suffit de bien enseigner sa mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui revient &#224; entrer dans les d&#233;tails de l'enseignement du fran&#231;ais, &#224; faire l'&#233;loge de la dict&#233;e, de l'enseignement de la grammaire, de l'apprentissage de po&#232;mes et d'autres textes litt&#233;raires... certaines de ces disciplines &#233;tant injustement d&#233;cri&#233;es de nos jours, Pennac en fait la louange en des pages magnifiques, que je ne saurais assez recommander, et que je ne r&#233;siste pas au plaisir de citer...&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Eloge de la dict&#233;e :&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai toujours con&#231;u la dict&#233;e comme un rendez-vous complet avec la langue. La langue telle qu'elle sonne, telle qu'elle raconte, telle qu'elle raisonne, la langue telle qu'elle s'&#233;crit et se construit, le sens tel qu'il se pr&#233;cise par l'exercice m&#233;ticuleux de la correction. Car il n'y a pas d'autre but &#224; la correction d'une dict&#233;e que l'acc&#232;s au sens exact du texte, &#224; l'esprit de la grammaire, &#224; l'ampleur des mots. Si la note doit mesurer quelque chose, c'est la distance parcourue par l'int&#233;ress&#233; sur le chemin de cette compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Toute dict&#233;e commence par un myst&#232;re : que va-t-on me lire l&#224; ? Certaines dict&#233;es de mon enfance &#233;taient si belles qu'elles continuaient &#224; fondre en moi comme un bonbon acidul&#233;, longtemps apr&#232;s la note infamante qu'elles m'avaient pourtant co&#251;t&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Eloge de l'apprentissage de textes :&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et pourquoi ne pas apprendre ces textes par coeur ? Au nom de quoi ne pas s'approprier la litt&#233;rature ? Parce que &#231;a ne se fait plus depuis longtemps ? On laisserait s'envoler des pages pareilles comme des feuilles mortes, parce que ce n'est plus de saison ? Ne pas retenir de telles rencontres, est-ce envisageable ? Si ces textes &#233;taient des &#234;tres, si ces pages exceptionnelles avaient des visages, des mensurations, une voix, un sourire, un parfum, ne passerions-nous pas le reste de notre vie &#224; nous mordre le poing de les avoir laiss&#233; filer ? Pourquoi se condamner &#224; n'en conserver qu'une trace qui s'estompera jusqu'&#224; n'&#234;tre plus que le souvenir d'une trace...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) En faisant apprendre tant de textes &#224; mes &#233;l&#232;ves, de la Sixi&#232;me &#224; la Terminale (un par semaine ouvrable et chacun d'eux &#224; r&#233;citer tous les jours de l'ann&#233;e), je les pr&#233;cipitais tout vifs dans le grand flot de la langue, celui qui remonte les si&#232;cles pour venir battre notre porte et traverser notre maison. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait prolonger la citation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Leurs parents eux-m&#234;mes, parfois, des parents &#244; combien &#233;volu&#233;s : &#171; Comment, monsieur Pennacchioni, vous leur faites apprendre des textes par coeur ? Mais mon fils n'est plus un enfant ! &#187; Votre fils, ch&#232;re madame, n'en finira jamais d'&#234;tre un enfant de la langue (...). Il va adorer &#231;a, faites-lui confiance, le go&#251;t de ces mots dans sa bouche, les fus&#233;es &#233;clairantes de ces pens&#233;es dans sa t&#234;te, et d&#233;couvrir les capacit&#233;s prodigieuses de sa m&#233;moire, son infinie souplesse, cette caisse de r&#233;sonance, ce volume inou&#239; o&#249; faire chanter les plus belles phrases, sonner les id&#233;es les plus claires, il va en raffoler de cette natation sublinguistique lorsqu'il aura d&#233;couvert la grotte insatiable de sa m&#233;moire, il adorera plonger dans la langue, y p&#234;cher les textes en profondeur, et tout au long de sa vie les savoir l&#224;, constitutifs de son &#234;tre, pouvoir se les r&#233;citer &#224; l'improviste, se les dire &#224; lui-m&#234;me pour la saveur des mots. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Eloge du professeur pr&#233;sent dans sa classe :&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elle est imm&#233;diatement perceptible, la pr&#233;sence du professeur qui habite pleinement sa classe. Les &#233;l&#232;ves la ressentent d&#232;s la premi&#232;re minute de l'ann&#233;e, nous en avons tous fait l'exp&#233;rience : le professeur vient d'entrer, il est absolument l&#224;, cela s'est vu &#224; sa fa&#231;on de regarder, de saluer ses &#233;l&#232;ves, de s'asseoir, de prendre possession du bureau. Il ne s'est pas &#233;parpill&#233; par crainte de leurs r&#233;actions, il ne s'est pas recroquevill&#233; sur lui-m&#234;me, non, il est &#224; son affaire, d'entr&#233;e de jeu, il est pr&#233;sent, il distingue chaque visage, la classe existe aussit&#244;t sous ses yeux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;Je termine par l'appel du matin :&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a l'appel du matin. Entendre son nom prononc&#233; par la voix du professeur, c'est un second r&#233;veil. Le son que fait votre nom &#224; huit heures du matin a des vibrations de diapason.
&lt;br /&gt;&lt;img src='https://silvestre-baudrillart.fr/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1539350788' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Je ne peux pas me r&#233;soudre &#224; n&#233;gliger les appels, surtout celui du matin, m'explique un autre professeur - de math, cette fois -, m&#234;me si je suis press&#233;e. R&#233;citer une liste de noms comme on compte les moutons, ce n'est pas possible. J'appelle mes lascars en les regardant, je les accueille, je les nomme un &#224; un, et j'&#233;coute leur r&#233;ponse. Apr&#232;s tout, l'appel est le seul moment de la journ&#233;e o&#249; le professeur a l'occasion de s'adresser &#224; chacun de ses &#233;l&#232;ves, ne serait-ce qu'en pronon&#231;ant son nom. Une petite seconde o&#249; l'&#233;l&#232;ve doit sentir qu'il existe &#224; mes yeux, lui et pas un autre. Quant &#224; moi, j'essaye autant que possible de saisir son humeur du moment au son que fait son &#034;Pr&#233;sent&#034;. Si sa voix est f&#234;l&#233;e, il faudra &#233;ventuellement en tenir compte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (...) Mon ami Pierre, lui, professeur &#224; Ivry, ne fait jamais l'appel.
&lt;br /&gt;&lt;img src='https://silvestre-baudrillart.fr/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1539350788' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Enfin, deux ou trois fois au d&#233;but de l'ann&#233;e, le temps de conna&#238;tre leurs noms et leurs visages. Autant passer tout de suite aux choses s&#233;rieuses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ses &#233;l&#232;ves attendent en rangs, dans le couloir, devant la porte de la classe. Partout ailleurs dans le coll&#232;ge, on court, on s'interpelle, on bouscule les chaises et les tables, on envahit l'espace, on sature le volume sonore ; Pierre, lui, attend que les rangs se forment, puis il ouvre la porte, regarde gar&#231;ons et filles rentrer un &#224; un, &#233;change par-ci par-l&#224; un &#171; Bonjour &#187; qui va de soi, referme la porte, se dirige &#224; pas mesur&#233;s vers son bureau, les &#233;l&#232;ves attendant, debout derri&#232;re leurs chaises. Il les prie de s'asseoir, et commence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un joli livre, qui m&#233;rite d'&#234;tre lu : il fait aimer l'&#233;cole et comprendre sa raison d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Silvestre BAUDRILLART&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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